La figure et l'œuvre de J.J. Quantz ont été abordées jusqu'ici de plusieurs points de vue, mais on n'a pas encore examiné les influences que sa célébrité multidimensionnelle a eu sur l'accueil de sa musique, de son vivant et jusqu'à nos...
moreLa figure et l'œuvre de J.J. Quantz ont été abordées jusqu'ici de plusieurs points de vue, mais on n'a pas encore examiné les influences que sa célébrité multidimensionnelle a eu sur l'accueil de sa musique, de son vivant et jusqu'à nos jours. Ma proposition cherche à combler cette lacune, en conduisant une réflexion issue de nombreuses sources de l'époque, ainsi que sur l'analyse critique de la littérature musicologique, particulièrement dans le domaine de la réception.
Lorsque Quantz vient en Italie (1724-1726), la réputation des instrumentistes à vent, en général, est très mauvaise : Alessandro Scarlatti, d'ailleurs, se méfiant de ces musiciens « qui soufflent et sonnent toujours faux », refuse d'abord de le rencontrer. Mais, après avoir joué avec lui, il change d'avis au point de lui écrire quelques sonates. Une hypothèse qui va faire son chemin veut que la floraison en Italie de la littérature pour la flûte, à bec ou traversière après 1725, soit liée justement au séjour du musicien allemand dans plusieurs villes italiennes, dont Rome, Naples, Bologna, Venise, où Quantz connaît les compositeurs majeurs de l'époque.
La carrière de Quantz embrasse des aspects différents et complémentaires de la célébrité : parallèlement à être probablement le meilleur flûtiste de son époque, il amène graduellement la construction de la traversière à un grand point de perfectionnement. Il est en outre un compositeur solide, qui a bien assimilé les techniques des grands maîtres italiens. La renommée de son Essai d'une méthode pour apprendre à jouer de la flûte traversière […] (1752) est si grande que le traité est bientôt traduit en plusieurs langues et, encore aujourd'hui, est considéré comme « un des livres les plus grands qui ait jamais été écrit sur la musique du XVIII siècle » [R.O. Gjerdingen, 2007]; Diderot consacre à Quantz un article dans son Encyclopédie ; Frédéric II le Grand de Prusse, enfin, le choisit comme son maître exclusif de flûte, occasionnellement à partir de 1728, et de manière permanente dès 1741. À la cour de Berlin, Quantz est une véritable vedette : il gagne environ dix fois plus que son illustre collègue C.Ph.E. Bach, et il est le seul à avoir le privilège de féliciter ou critiquer le roi. Cependant, son long service à la cour, en définitive, a peut-être nui à sa réputation, en reléguant en arrière-plan sa figure de compositeur tout-court, et en promouvant l'image d'un compositeur fécond, mais limité à la flûte.
Finalement, un examen de la vie et de l'œuvre de Quantz sous l'angle de la célébrité semble pouvoir apporter une lumière nouvelle sur sa biographie, et surtout aider à évaluer sa musique au-delà des lieux communs liés à son exceptionnelle trajectoire de vie.